Dans ce village bordé par la Loire, nous visitons un château qui fut celui des puissants évêques d’Orléans. restauré au fil des ans par les propriétaires actuels, il demandera encore beaucoup d'efforts avant de retrouver sa splendeur d'autrefois. une grande partie de la toiture est bâchée, une aile est échafaudée. Certaines salles qui faisaient partie du circuit de visite sont fermées pour cause de restauration. le château est un vaste chantier, il reprend vie peu à peu.
Nous apprécions cette visite d'un château encore en grande partie dans son jus ainsi que de pouvoir l'explorer de la cave au grenier et pas uniquement ses pièces nobles. Nous aimons également l'idée de nous présenter une grande collection d'objets anciens pour recréer le décor et l'ambiance d'un château du XIXe. On ne s'ennuie pas entre la découverte des lieux, des meubles et objets usuels du XVIIIe et XIXe et la plongée dans la vie quotidienne et les usages du passé grâce aux panneaux de visite très bien documentés.
Jetons d'abord un œil sur la collégiale Saint-Liphard qui jouxte le parc du château des évêques.
"Imbriquées dans la collégiale, vous voyez deux tours du XIIe. Quelles sont leurs origines ?
Meung était jusqu'à la Révolution la seigneurie des évêques d'Orléans.
L'histoire de cette ville et de son château est intimement liée à un personnage, Liphard, un proche parent de Clovis, qui dans les années 550, décide de se retirer du monde pour venir s'installer dans les ruines de Meung. Cette ville des bords de Loire, alors nommée Magdunum, avait été détruite de fond en comble par les Vandales, plus d'un siècle auparavant.
Liphard va réunir peu à peu une communauté autour de lui, attirée par sa réputation de sagesse et de sainteté. A la mort de Liphard, Marc, alors évêque d'Orléans, va faire édifier sur sa tombe une chapelle qui, au fil du temps deviendra la collégiale Saint-Liphard.
Au XIIe siècle, Manassès de Garlande, alors évêque d'Orléans souhaite édifier un bâtiment digne de le recevoir : ce sont les ruines de ces deux tours pratiquement enchâssées dans la collégiale que vous voyez aujourd'hui. Rapidement, ce bâtiment se révèle trop petit. C'est pourquoi, au début du XIIIe, l'évêque Manassès de Seignelay rachète des terres au chapitre et fait édifier la base du château que vous visitez aujourd'hui.
( La collégiale est une église confiée à un collège de clercs ou de chanoines)"
Extrait du document de visite
Entrons maintenant dans le parc. Le château, côté façade du Moyen-Age, se présente d'abord à nous. Quelques fenêtres ont été percées dans la muraille de la forteresse, mais l'ensemble reste austère.
Continuons vers l'arrière du château, voici la cour d'honneur, celle réservée aux invités de marque.
En changeant de façade, nous changeons d'époque, nous découvrons "un autre château", celui du XVIIIe. L'architecture classique de ce siècle est plus élégante, avec les progrès de l'artillerie, on transforme les forteresses, devenues obsolètes. Les murs sont percés de fenêtres plus hautes, plus larges qui perdent leurs meneaux de pierre, on cherche la symétrie.
Nous pénétrons dans le château par la salle des gardes.
Pas de vue d'ensemble de cette impressionnante salle, un groupe d'enfants occupe les lieux et suit une animation sur les chevaliers. Quelques photos, cependant, des armures exposées et d'un imposant poêle.
"Cette salle date du XIIIe, elle fait office de sas. On y filtrait les entrées. Les gardes disposaient de couchettes amovibles que l'on cachait le jour derrière des paravents ou dans des placards masqués dans les boiseries.
C'est également une pièce d'apparat, ici, on ne pénètre pas chez un simple particulier ; les dimensions de la salle, sa majesté doivent en imposer au visiteur et monter le rang social de son propriétaire. (...)"
Extrait du document de visite
Nous continuons la visite avec la salle de comédie.
"Nous voici maintenant dans une salle dédiée à la comédie selon les inventaires du château de Meung.
Le théâtre fait partie intégrante de la vie de la haute noblesse. On n'hésite pas à dresser une scène dans les endroits les plus variés. ces représentations ont un caractère strictement privé et ne réunissent que quelques personnes. Cependant, les plus grands noms s'y bousculent et mendient de petits rôles. Y participer, c'était entrer dans l'intimité du seigneur du château.
Les comédiens de profession se mêlent aux amateurs. Au XVIIIe, ces deux mondes se côtoient (...)
Vous trouverez dans cette pièce une rare cithare de concert du XIXe, un piano Erard de 1862, une armoire XVIIIe."
Extrait du document de visite
Vient ensuite le cabinet aux liqueurs.
"Au XIXe, les femmes et les hommes se séparaient après dîner pour vaquer chacun à leurs occupations.
Aux femmes, les ouvrages "de dames", aux hommes, les discussions politiques ou financières, parfois légères (mais que l'on n'aborde pas devant les dames), les digestifs et le tabac.
La création de tels salons dans les grandes demeures est liée à l'extraordinaire engouement pour le tabac, dans la seconde moitié du XIXe et cela, dans toute l'Europe. Les médecins de l'ancien régime lui prêtaient des vertus curatives...
Au XIXe, fumer va devenir, dans les cercles aristocratiques, un symbole d'élégance masculine et d'art de vivre.
Dès lors, les membres les plus éminents de la société vont se doter d'une pièce exclusivement réservée au plaisir du tabac ; après le dîner, il est désormais de bon ton de passer au fumoir. On accompagne souvent le cigare ou la cigarette d'une liqueur dans un cadre raffiné, confortable et intime.
C'est également une des pièces les mieux chauffées du château avec son poêle prussien (dont on voit les carreaux de faïence dans la cheminée) qui émet une chaleur bien plus diffuse et agréable qu'une simple cheminée.
Tout un mobilier spécifique s'est développé au cours du XIXe pour ces salons : caves à liqueurs, plateaux de fumeurs, chaises à fumeur, boites à cigares que vous découvrez ici avec une collection de samovars."
Extrait du document de visite
Tout au long de la visite, sont disposées des vitrines contenant des objets dont on nous invite à deviner l'usage. Dans cette première vitrine, un objet réservé aux dames.
"C'est un "saute-ruisseau", une pince que les femmes accrochaient à la ceinture ou au poignet et qui leur permettait de relever leur jupe ou leur robe afin de ne pas les abîmer ou les souiller lors du franchissement d'un trottoir, pour enjamber un obstacle, éviter la poussière, la boue ou une flaque d'eau...
Cet instrument a d'autres appellations : "trousse jupon" ou "suivez-moi jeune homme"... Un accessoire typiquement féminin des années 1870-1875.
Texte du panneau de visite
Une main "gratte-poux" de la fin du XVIIIe On en rit tout d'abord puis on frissonne et on se gratte en pensant à son utilisation et en lisant les explications suivantes :
"Cet instrument répondait à un besoin bien précis : se gratter élégamment la tête, sans déranger sa coiffure, souvent encombrante et alambiquée, alors qu'une colonie de parasites vous dévore le cuir chevelu.
Petit rappel : l'hygiène des cheveux n'est pas une priorité au XVIIIe, il arrive que plusieurs semaines s'écoulent sans que les cheveux voient l'ombre d'une brosse ou d'une goutte d'eau."
Texte du panneau de visite.
"Aujourd'hui on achète tous du sucre en poudre ou en morceaux. Auparavant, le sucre était vendu sous forme de cône de 1 à 3 kilos que l'on appelle des pains de sucre. Il fallait par conséquent débiter le sucre en morceaux à l'aide de pics, de marteaux ou de pinces.
Son nom est issu d'un mot sanskrit "sakhara" qui signifie "grain" . Il reste un produit luxueux et pour sucrer les aliments on a généralement recours au miel."
Texte extrait du document de visite
Nous découvrons la cuisine médiévale,
"Vous vous situez dans la tour du pont levis construite au XVIe. Lorsque l'entrée principale du château a été transférée sur la cour d'honneur, une cuisine a été installée et les domestiques y prenaient leur repas.
Les domestiques utilisent une vaisselle évidemment moins précieuse que celle de leurs maîtres. L'assiette, dont le nom dérive du verbe latin assidere (asseoir), marque le lieu ou le convive doit s'asseoir.
Ce qu'il y a à manger ? Des choux, des fèves, des lentilles, pois chiches, oignons, navets... Pour ce qui est des viandes, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne, suivant que l'on est seigneur ou simple paysan.
Les viandes noires sont celles de gibiers comme le sanglier et ont une connotation très virile. Les viandes rouges proviennent des grands mammifères domestiques comme les bœufs, les chevaux et symbolisent la force et la noblesse. Elles sont réservées à l'élite de la société.
Les viandes blanches (volailles, lapins) sont produites par le travail des femmes. Ces animaux sont les plus communs et donc moins valorisés, leur chair est consommée par une large population.
Un évier permettait de laver les aliments et les ustensiles. L'eau était une denrée précieuse et était utilisée avec parcimonie. Il fallait l'acheminer à dos d'hommes. On utilisait volontiers des jougs ou palanches* pour porter les seaux."
Extrait du document de visite
* Définition Larousse de palanche : Tige de bois, droite ou légèrement arquée, pour porter, sur l'épaule, deux charges, accrochées à chacune des extrémités.
Nous empruntons l'escalier Brilhac. Après avoir gravi ses 66 marches, nous arrivons dans la partie haute,
"Cet escalier à vis a été construit vers l'an 1500 par les évêques de Brilhac en même temps que le pont levis. Vous pouvez noter son entrée gothique, ornée de feuilles de choux et sa porte cloutée.
au-dessus de nous, la coupole formée de nervures qui s'appuient sur des culs de lampes de bois sculpté. (...)"
Extrait du document de visite
Une reconstitution de chambre de malade
"Être malade (...) c'est avoir bien peu d'espoir de guérison (...)
La médecine se base principalement sur la théorie des humeurs (...) En cas de déséquilibre léger on parle de "saute d'humeur". Pour rétablir cet équilibre on saigne et on purge !
Au XVIIIe, les métiers sont très compartimentés, aux médecins de disserter en latin sur les maladies, aux barbiers d'effectuer les saignées (généralement hebdomadaires), aux apothicaires de fabriquer les onguents et potions et d'effectuer les lavements. Les lavements peuvent aussi être pratiqués par les patients qui possèdent un modèle "soi même", ce qui est bien utile quand on sait que des personnes pratiquaient des lavements 3 à 4 fois par jour.
Si l'on trouve des hommes d'église apothicaires ou médecins aucun ne peut être chirurgien, car en temps que clercs, ils ont interdiction formelle de faire couler le sang.
Dans ces temps où la majorité de la population est catholique, un homme, même malade, se doit d'être un bon chrétien, surtout au château de Meung, seigneurie des évêques d'Orléans. A côté du lit est donc placé un confessionnal qui pouvait être aisément transporté. La confession privée est apparue au VIIe, auparavant elle était publique.
Une peau de bête était, comme ici, fréquemment placée sur les lits pour piéger la vermine.
Extrait du document de visite
Beaucoup moins poétique et agréable que le "saute-ruisseau du début, cette objet est une clef pour arracher les dents.
Cette clef de Garengeot a été utilisée jusque dans les années 1940. Ce type d'instrument n'était pas réservé aux dentistes professionnels. Les personnes les plus fortunées avaient souvent leur propre panoplie d'instruments dentaires dans leur nécessaire de voyage."
Texte du panneau de visite
Dans le grenier, une belle charpente et une collection d'objets sur le thème de la lessive. Le grenier était un des lieux où l'on pouvait étendre le linge.
"Le magasin" Dans cette pièce a été reconstitué, selon l'inventaire du château, l'ensemble des objets qui participaient au fonctionnement de la vie quotidienne du château.
Ceux nécessaires à l'éclairage avec les lampes à huile et chandelles, les lampes à essences viendront fin XIXe.
Ceux pour se chauffer, se réchauffer : bassinoires, briques de terre cuite ou de faïence, bouillottes, braseros, chaufferettes, dont des "pantoufles de spectacles" aux talons creux que l'on remplissait d'eau chaude...
Les objets pour l'hygiène, crachoirs, bidet, brocs, cuvettes, savons, plats à barbe, seaux d'aisance, "Bourdalous" (pour les femmes).
Les objets de piété, bénitiers, crucifix, prie Dieu...
On aménage chaque chambre avec ces objets, en fonction du rang de l'invité.
Il est à noter qu'il existe également une lingerie ou plusieurs armoires regorgent de linge. On ne fait généralement que deux lessives par an, mais on change tout de même plus souvent de linge. Y sont rangés par douzaines le linge de corps et de maison : draps, rideaux, housses de meuble, torchons, serviettes... Cette pièce est également celle où l'on repasse et ravaude le linge.
Les chambres de Madame et de Monsieur
La salle à manger Une pièce qui n'existait pas avant le XVIIIe, auparavant, on prenait ses repas dans une chambre ou antichambre, la table était démontée après le service.
Ici, la table est mise "à la française", tout les plats sont disposés sur la table avant l'arrivée des convives. L'ordre de présentation est très codifié, les mets très nombreux, les repas très longs...
La bibliothèque "Consacrer une pièce à une bibliothèque n'est pas un acte neutre à une époque où tout le monde ne sait pas lire (...)
Toute grande maison se doit d'avoir sa bibliothèque afin que son propriétaire puisse donner l'image d'une personne cultivée.
Simple apparence pour certains, il suffit de lire certains inventaires pour se convaincre que certaines personnes achetaient les livres joliment reliés au poids.
Au début du XIXe comme au XVIIIe, toute bibliothèque un peu conséquente se doit de comporter des ouvrages répartis en cinq catégories :histoire, belles lettres, sciences et arts, législation et jurisprudence, et enfin, théologie. (...)"
Extrait du document de visite
La grande cuisine Dans cette cuisine, se préparaient les repas des évêques. Cette pièce communiquait avec la sacristie de la chapelle castrale, une façon de garder un oeil sur le "ventre du château".
La salle de bain de l'évêque "Au Moyen Age, surtout à partir du XIVe, le bain est un élément essentiel de la vie quotidienne. On se lave fréquemment pour l'hygiène autant que par plaisir, ce qui n'est plus le cas au XVIe. Le bain se prend en chambre où on installe la cuve (...) A l'intérieur, on place un "lincheux", un drap qui a une double fonction : il évite que l'on se blesse sur les échardes du cuveau de bois et quand plusieurs personnes se succèdent dans un même bain, on emprisonne la crasse de la personne qui vient de se baigner dans le drap, on tire de l'eau, et on met un nouveau drap pour la personne suivante.
En général, on se baigne nu, seul ou en compagnie. Offrir un bain à un hôte est considéré comme un rite de bienvenue. Il arrive aussi que l'on y prenne un repas.
Le savon existait, à défaut on utilisait des plantes comme la saponaire, une herbacée à fleur rose dont le suc, dissous dans l'eau, mousse. L'histoire de l'hygiène a connu certaines périodes plus sombres que d'autres, pour des raisons très différentes.
La seconde moitié du XVIe voit la désaffection des bains et de l'eau. Pour l’Église, moins on a l'occasion de toucher son corps et mieux cela vaut pour le salut de son âme. Il suffit de se limiter à la toilette du visage et des mains.
L'eau devient synonyme de danger. On craint l'eau stagnante plus que tout. Selon les médecins, le bain risque de laisser échapper "les forces vitales" et peut laisser entrer les miasmes par les pores de la peau que l'eau dilate.
Ce rare appartement des bains est typique de ce qui se faisait au XVIIIe, de petits cabinets intimes et luxueux qui reprennent le plan des salles de bains de la haute antiquité.
(...) Notre évêque recevait-il ses invités pendant son bain ? Cela parait assez difficile à imaginer mais cet usage était courant parmi ses contemporains. Dans ces situations, on masquait sa nudité en troublant l'eau avec du lait ou du son.
Une machine hydraulique permettait d'avoir de l'eau jusque dans les étages du château. c'était pour l'époque, un confort exceptionnel que d'avoir l'eau courante : prendre un bon bain chaud a longtemps été un privilège réservé à ceux qui bénéficiaient d'une nombreuse domesticité.
En effet, on ne prend pas de façon impromptue un bain : il faut un long temps de préparation. Rien que pour une simple baignoire, il fallait prévoir pour la remplir entre vingt et trente voyages pour une personne équipée de deux seaux. Il fallait aussi allumer et entretenir le fourneau pour chauffer l'eau. Et ensuite, on y pense rarement, il faut vider la baignoire (au seau par la fenêtre) (...)"
Extrait du document de visite