Par Sylviemojo
Nous visitons pour la seconde fois, la magnifique abbaye du Thoronet. Notre première fois datant du tout début des années quatre-vingt, nous en avons peu de souvenirs. Il y a bien quelques diapositives, soigneusement rangées au fond d'une armoire, mais il y a si longtemps que je n'ai pas pris le temps de tout sortir, que c'est avec une véritable découverte que nous refaisons aujourd'hui.
Les commentaires de cette visite qui figurent en bleu, sont issus du document fourni par les Monuments Nationaux.
La fondation
Avec ses « sœurs », Silvacane et Sénanque, l’abbaye du Thoronet est l’une des trois abbayes cisterciennes de Provence. En 1136, un groupe de moines quitte l’abbaye de Mazan en Ardèche pour fonder un monastère, qu’ils bâtiront 15 ans plus tard près de Lorgues, en un lieu boisé entre le coude d’une petite rivière et une source. L’édification débute en 1160 et se prolonge jusque 1230. Au début du XIIIe siècle, le monastère abrite une vingtaine de moines et quelques dizaines de frères convers*.
Déclin et restauration
Moins de deux siècles plus tard, le déclin de l’abbaye est déjà entamé. En 1660, le prieur signale la nécessité de la restaurer. En 1699, on déplore fissures et effondrement des toitures, portes rompues et fenêtres délabrées. En 1790, sept moines âgés y résident encore. La disparition de l’abbaye menace lorsque Prosper Mérimée* la sauve en la signalant à Révoil, architecte des monuments historiques. La restauration débute en 1841 pour ne plus cesser. L’État achète progressivement le site à partir de 1854.
* Convers : les convers étaient chargés des travaux manuels. Ils n’étaient pas admis au chapitre et n’intervenaient donc pas lors des décisions importantes. D’où l’expression : « n’avoir pas voix au chapitre ».
* Prosper Mérimée : écrivain, l’un des premiers inspecteurs des monuments historiques.
Source http://www.le-thoronet.fr/
L'abbatiale sous tous les angles. Pour en découvrir le chevet, nous entrons dans le cimetière des moines, où on été ensevelis sous deux grandes dalles, les restes des moines, retrouvés au cours de diverses campagnes de fouilles.
L’église s’impose, dès la façade occidentale, par sa simplicité renforcée par la qualité de l’appareillage des pierres. Comme à Sénanque, le portail central est absent car l’église n’était pas ouverte aux fidèles. Seules deux portes latérales ouvrent sur les bas-côtés, celle des convers* à gauche et celle des moines à droite. Creusé dans le mur sud de l’église, on peut voir l’un des rares enfeux* extérieurs de Provence. À l’intérieur, la nef voûtée en berceau brisé comporte trois travées*. Le chœur se termine en abside voûtée en cul-de-four* percée de trois fenêtres en plein cintre*, symbolisant la Trinité. L’absence de tout décor souligne la pureté des formes. Les offices chantés, servis ici par une acoustique exceptionnelle, rythmaient la vie spirituelle des moines.
* Cul-de-four : qui forme la moitié d’une coupole.
* Enfeu : niche ménagée dans les murs des églises pour y recevoir des sépultures.
* Convers : les convers étaient chargés des travaux manuels. Ils n’étaient pas admis au chapitre et n’intervenaient donc pas lors des décisions importantes. D’où l’expression : « n’avoir pas voix au chapitre »
* Plein cintre : en demi-cercle.
Source http://www.le-thoronet.fr/
L'enfeu ou dépositoire est une niche construite dans le mur de l'église pour recevoir une sépulture ou le corps d'un défunt avant son inhumation.
Entrons dans l'abbabtiale.
Nous profitons sereinement des lieux, nous sommes seuls dans l'abbatiale.
A l'extérieur, un maigre filet d'eau alimente une fontaine. Les deux cours d'eau qui entourent l'abbaye ne sont plus que poussière et cailloux.
Une vue d'ensemble des bâtiments accolés à l'abbatiale. (19 et 22 sur le croquis ci-dessous)

Continuons la visite.
Sur les vestiges de l’hôtellerie, en bordure du torrent, des arcs doubleaux ont été restitués pour rendre compte du volume de la salle basse où étaient accueillis les hôtes de marque.
Le cellier, où les moines fabriquaient le vin et l’huile d’olive, principales ressources de l’abbaye, contient des cuves à vin du XVIIIe siècle et, face à elles, un pressoir à huile mû par un système à vis. Des cheminées de ventilation évitaient l’accumulation des vapeurs d’alcool. Une belle voûte en berceau brisé couvre la pièce.
Le cloître. Cœur du monastère, il fait le lien entre l’église et les bâtiments de la vie communautaire. L’épaisseur des murs où s’inscrivent des arcades géminées, le simple oculus ajourant les tympans et les chapiteaux dépourvus de tout ornement confèrent à l’ensemble une rare austérité.
Le lavabo, (une reconstitution de 1930) se trouve, comme c’est la coutume, face à la porte du réfectoire aujourd’hui disparu.
Les bancs de bois qui permettaient aux moines de s'asseoir ont disparu, laissant apparaître la roche.
La salle capitulaire, où tous les matins, les moines se réunissaient pour lire un chapitre de la règle de saint Benoît et traiter des questions de la vie communautaire servait aussi à l’élection du père abbé. L’architecture y est plus élaborée et déjà influencée par le gothique avec des voûtes sur croisée d’ogives* reposant sur deux colonnes aux chapiteaux décorés.

Voûte d'arêtes établie sur le croisement de deux ou troisogives, spécifique du voûtement gothique. Dans la voûte sur croisée d'ogives, caractéristique de la construction gothique, les ogives sont généralement des arcs en plein cintre, les doubleaux et formerets d'encadrement étant, eux, des arcs brisés. (Définition larousse)
Le dortoir, à l’étage au-dessus, présente sur la gauche la cellule du père abbé. Devant chaque baie dormait un moine. L’emplacement des paillasses est délimité par un dallage en pierre
Le dortoir nous donne accès à son toit, d'où nous avons une vue plongeante sur le cloître et où nous découvrons les cheminées d'aération du cellier.
Nous repartons par la porterie et contemplons les ruisseaux complètement asséchés.
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